Moi ? Oui, les varroas. Et pas qu’une fois.
Très souvent au rucher école ou en AG, on entend dire « c’est chiant et puis on n’a pas le temps. De plus, on traite, alors qui en est ou pas, ça ne change rien… »
À l’AG de décembre, on avait essayé de vous montrer au contraire l’intérêt de compter pour mieux cibler les traitements et apprécier leur efficacité, et si vous aviez peu de ruches, de toutes les analyser.
Le comptage sur plaque blanche PEHD est vraiment pratique si vous le faites sur un ou deux jours pour un comptage facile et rapide. (tiroirs blancs Nicot ou plaque PEHD maison, (les tiroirs métalliques sont nuls, ils s'oxydent, on ne voit rien et coincent dans les glissières taillées trop justes).
Je le fais « à sec », sans graisse (la graisse, ça, c'est chiant, on s’en fout partout) pour un nettoyage rapide à la spatule large de plâtrier. Cela prend moins d’une minute par ruche. On note avec papier crayon en attendant une appli performante. Les fourmis ? J’ai lu çà partout et que cela serait un souci ? Je ne sais pas pour les vôtres, de fourmis, mais les miennes s’intéressent beaucoup plus aux restes d’opercules sucrés qu’aux varroas sur le carreau.


Cette méthode est cependant très critiquable. La chute comptabilisée dans cette méthode dépend essentiellement de la force de la colonie. A contrario, le test au sucre glace, au CO2 ou par lavage donne un chiffre d’infestation phorétique pour 100 abeilles et donc un indicateur beaucoup plus précis, indépendant de la force de la colonie. Je pallie ce défaut en relativisant selon sa force.
En pratique, l’inconvénient majeur, c’est l’obligation de revenir le lendemain ou le surlendemain au rucher pour compter, après avoir remis à zéro la veille à la spatule vos tiroirs.
L’énorme avantage est la simplicité et la rapidité du test. Peu importe de l’imprécision, ce n’est pas une étude scientifique rigoureuse sur l’efficacité de tel ou tel traitement que vous faites, mais c’est l’évolution relative et sa dynamique reflétée par vos relevés successifs dans la saison qui pourront vous donner votre situation face au varroa.
Et puis en cas de doute, vous pouvez toujours lancer un test au sucre ou au CO2 ponctuellement. Ou tout comparer avec une méthode qui vous parait mieux adaptée, mais comptez !
Ce printemps à nouveau un cas concret pour bien vous le faire comprendre.
J’ai hiverné un rucher de 15 colonies en production et quatre essaims de secours. L’hiver c'est bien passé, sans pertes et à une visite rapide de févier, j'avais 7 colonies classées « fortes » façon maquignon, les autres classées « moyennes ou faibles » selon le nombre de cadres de couvain fermé et le nombre d’abeilles.
Premier comptage début mars sur toutes les colonies (traitement été 2025 ApiLive Var en été et sublimation acide oxalique (AO) le 15/12). Aucun varroa sur 1/j sauf un essaim avec 1 varroa (taux déjà élevé pour un essaim) et une ruche de 12c (sur 10 cadres) avec …20 varroas ! C’est monstrueux à cette époque de l’année et sur le papier cette ruche est condamnée. Je contrôle 2 jours après avec un temps pluvieux : à nouveau 7 varroas/j.
Je regarde le couvain 2 j après dans une éclaircie en m’attendant à un couvain mosaïque. Et bien non, 7- 8 cadres de couvain magnifique, pas de trous, bien couronné de miel et de pollen, une population débordante, du couvain de mâles dans les bas… prête à essaimer dans 15j.
Que peut-on apprendre de ce cas ?
- Une observation simplement visuelle aurait été trompeuse devant cette colonie très forte. Elle s’apparente à une de ces colonies très dynamiques et prometteuses qui font une première récolte d’enfer et qui s’écroule en été ou en automne, « la faute au frelon asiatique », en fait dévastée par le varroa.
- Sans comptage systématique de toutes les ruches, j’aurais pu passer à côté de cet élevage de varroas et ne pas comprendre d’où venait un problème de varroase dans le rucher en saison.
- Cette tête à poux (essaim de 2023 naturel de chez moi, sans histoire particulière) risque de disséminer des varroas par la dérive autour d’elle puis dans tout le rucher, en donnant un mauvais ressentit sur un traitement pourtant bien conduit. Ne jetez pas la pierre au voisin « qui ne traite pas » mais regardez déjà dans votre rucher.
- Je ne ferai pas d’essaim artificiel sur cette lignée tête à poux, malgré ce couvain et ce dynamisme bien tentant. J’ai d’autres colonies fortes qui scoraient à 0 en chute.
- Quelles sont les actions à envisager ?
Malheureusement, il est probablement déjà trop tard avec un couvain sûrement très atteint (¾ des varroas sont dans le couvain). L’idéal serait déjà de la déplacer dans un rucher de quarantaine (que je n’ai pas) pour ne pas diffuser le varroa. Comme je suis en technique bio, un traitement premier choix serait l’acide formique (Formic Pro) qui ne me priverait pas de mettre la hausse dans 10j. Je n’en ai pas sous la main et je décide de programmer 3 passages AO en sublimation tous le 7 j, moins toxique pour les abeilles et couvain qu’en d'égouttement. (Toufailia et al 2015) Et si la reine n’aime pas, vu cette lignée, ce n’est pas un mal : en cette saison un changement naturel de reine est facile. Je dénombre plus de 100 varroas/j le lendemain du flash...
- On va suivre de près cette colonie et contrôler surtout ses voisines qui risquent de prendre cher.
On peut rappeler les comptages recommandés : un au printemps, un avant traitement d’été puis 15j après, un quatrième avant le traitement en AO et un dernier après traitement. On peut rajouter un comptage en juin pour repérer déjà des colonies qui dérapent (plus de cinq varroas).
À noter qu’il semble qu’il ne faut pas attendre de la technique du cadre à mâles des miracles (moins de 10% des varroas éliminés) avec un risque même peut être de sélection de varroas qui s’intéresseraient beaucoup plus… à votre couvain d’ouvrières. (Paul Jungels Arista Bee Research)
Un traitement ciblé de rattrapage (AO) peut être fait en cours de saison pour casser un peu une dynamique varroa qui ne saurait attendre le traitement suivant.
Et puis se rappeler que l’essaimage naturel n’est pas une catastrophe pour l’amateur. Il est un bon moyen complémentaire de traitement du varroa, en cassant sa dynamique de reproduction comme le font les colonies sauvages.

